Nonobstant ce que ça suppose comme pas bientitude dans la tête de chercher à susciter l’adhésion des foules en se cachant derrière un masque appelé personnage, j’adore ce boulot.

J’aime, dans ce moment suspendu de la représentation, cette incroyable et illusoire maîtrise du temps et de l’espace qui nous est offerte.

J’aime que les spectateurs puissent croire à la vie de nos personnages au-delà du plateau. Cette incroyable convention théâtrale qui permet aux spectateurs de faire comme si, pour le temps de la représentation, les mots des hurluberlus sur scène avaient une réalité, comme si de la vie se déroulait où ne défilent que des mots – ou des évocations.

J’aime cet inouï pouvoir de toucher des inconnus, les faire rire, rêver… me dire que si la fable est juste, et bien contée, elle les accompagnera, enrichira leur regard[1].

J’aime me dire que j’ai cette capacité de donner de la joie à mes contemporains.

J’aime me demander si j’arriverai à jouer ça, apprivoiser un personnage, me redécouvrir dans cette fiction d’humain ou le tirer à moi. J’aime l’efficacité de ma mémoire, et sentir les mots couler de ma bouche.

J’aime le costume, cet exosquelette qui pose le personnage sur mon corps pour mieux le faire rentrer à l’intérieur. J’aime les théâtres, ces espaces souvent baroques où se croisent des fantômes de spectacles, des acteurs en action et des spectateurs en détente.

Quand je suis en forme, je m’émerveille de la façon dont les phrases m’investissent la totalité du corps, et de cette manière d’inventer les syllabes pourtant apprises par cœur.

J’aime mon métier, malgré le mal que j’ai à m’y trouver une place.

J’aime bien aussi, même si ça ne m’arrive pas tous les matins, me laisser aller à un brin d’autosatisfaction !

Notes

[1] J’ai longtemps cru qu’en les amenant à se poser les questions justes, on pourrait améliorer le monde, j’avoue que ma foi en mes possibilités d’y parvenir a un peu décru.